Portrait du mois: Ermanno Sbezzo

Quel est le plus dur pour toi dans le métier de danseur?
Je danse professionnellement depuis l’âge de 8 ans et plus je continue, plus je réalise à quel point ce travail est difficile et exigeant. C’est vraiment étrange; il y a une grande partie de moi-même qui se sent incroyablement chanceuse et bénie et l’autre qui se sent nostalgique. J’ai quitté la maison quand j’étais petit. Quand j’avais seulement 15 ans, j’ai dû apprendre à gérer le quotidien: cuisiner, se laver, vivre seul et être un bon élève. Sinon, mes parents ne m’auraient pas permis d’étudier la danse. Je suis fier de tout ce que j’ai appris de mes expériences, mais en même temps j’aurais aimé vivre mon enfance différemment et faire ce que tous les enfants font à cet âge. La danse m’a éloignée des personnes que j’aime le plus: mes parents, ma famille, mon amoureux. Mais d’autre part, la danse est une chose que j’aime tellement que je ne peux pas arrêter. Pina Bausch ne pouvait pas mieux dire: « Dansez, dansez sinon nous sommes perdus ».

Tu viens d’Italie, qu’est ce qui te manque le plus là-bas?
Je viens de Sicile, pour être précis, une très belle île du sud de l’Italie.
Goethe écrivait: « Dieu a créé le monde, puis il l’a embrassé, où il a mis ses lèvres, c’est la Sicile. » Tout me manque: la culture, les gens, les sourires, les odeurs, les cloches de l’église près de chez moi qui sonnaient tous les dimanches à 9 heures… Mais ce qui me manque le plus, c’est la plage. Je ne me souviens pas d’un seul été que je n’ai pas passé à la plage.

Quel a été ton plus beau moment en tant que danseur?
Je me souviens très bien de trois des meilleurs moments de ma carrière:
Le premier a eu lieu lorsque j’ai signé mon premier contrat avec une compagnie de danse professionnelle. Je rêvais de cet emploi jour et nuit et quand j’ai eu l’offre, je pensais que j’allais perdre connaissance. Le second lorsque mon ancien directeur artistique, James Sutherland, m’a offert le rôle de Roméo dans sa version de Roméo et Juliette. Je n’avais que 22 ans et c’était la plus grande responsabilité que quelqu’un m’ait jamais confiée. Le troisième est lorsque Louis m’a appelé pour m’offrir un poste d’artiste avec les BJM. Les BJM ont toujours été l’une de mes compagnies de rêves. J’ai toujours été fan de Céline Cassone et regarder ses vidéos était déjà un rêve. Eh bien, aujourd’hui, je suis à la barre à côté de Céline et je ne peux toujours pas y croire.

Qui a influencé votre carrière de danseur?
La première personne qui a cru en moi est mon premier professeur de danse, Cetty. Dès le premier jour, elle m’a dit: «Tu iras loin. Tu seras un danseur extraordinaire. » Maintenant, je ne me sens pas du tout extraordinaire, mais c’est vrai que j’ai été loin, et s’il y a une personne qui a toujours cru en mon potentiel, c’est elle. Ensuite, mes parents bien sûr, qui m’ont soutenu à chaque étape et ont répondu à toutes mes demandes. Et puis Chris qui m’a trouvé quand j’étais dans une période sombre, quand j’ai presque mis fin à ma carrière. Il m’a donné beaucoup d’amour et de confiance, et si je suis ici aujourd’hui, c’est aussi grâce à lui.

Comment te sens-tu quand tu montes sur scène?
Eh bien, la scène est devenue ma deuxième maison. J’adore être sur la scène. Je suis toujours nerveux avant et mes mains transpirent à chaque fois. Quand le rideau s’ouvre, j’ai toujours l’impression que c’est la première fois que je danse. Mais quand je finis le spectacle, je ris ou je pleure, ce que je considère être des réactions positives. Ça démontre à quel point je me partage avec le public. Chaque performance est comme se mettre nu devant des centaines de personnes, tout le monde peut voir ta beauté et tes faiblesses.